Page d'accueilA la UneLa viande « in vitro » débarque bientôt dans vos assiettes

La viande « in vitro » débarque bientôt dans vos assiettes

Du bœuf in vitro.

Malgré l’intéressante alternative qu’offrent les aliments in vitro, c’est-à-dire fabriqués en laboratoire, notamment pour les défenseurs des animaux, ils souffrent encore d’une mauvaise image. La nouvelle industrie est en ébullition : pendant qu’elle prépare sa communication, les régulateurs s’interrogent sur ces nouvelles alternatives.

De la viande fabriquée sans abattre ni porc, ni poule, ni vache, c’est possible ! Tandis que les appels à arrêter de manger de la viande s’intensifient, la viande fabriquée en laboratoire pourrait bien s’imposer comme une alternative durable. Le seul inconvénient reste pourtant son nom et la méconnaissance par les consommateurs de ce nouveau type d’aliment. Lequel d’entre eux oserait effectivement manger de la nourriture artificielle ? Les laboratoires ont déjà trouvé la solution en changeant son appellation d’« in vitro » en « clean food » comme l’affirme Quartz. Comprenez « nourriture propre » ou « nourriture saine. » Quartz, la filiale de l’établissement américain Good Food Institute, le lobby des aliments in vitro, précise qu’« un tel nom suggère que le produit n’entrave en rien le bien-être animal ou n’impacte que peu les ressources de la planète. » « Clean food » n’est que l’appellation générique des aliments. L’institut américain se base sur une étude de l’ancien directeur exécutif du Centre de politique et promotion de la nutrition, Brian Wansink, selon laquelle « renommer des aliments pour les faire sonner plus attrayants entraîne une augmentation de 27 % des ventes de légumes dans les cafétérias d’école. »

Impact environnemental et coût incertains

La viande in vitro de porc a été créée en 2009. En 2013, le docteur Mark Post et son staff de l’Université de Maastricht ont inventé le premier burger à base de viande artificielle. L’avis des consommateurs était « satisfaisant » après sa dégustation. En goutant cette viande, le nutritionniste au Future Food Studio, Hanni Rütlez, a affirmé qu’il avait l’impression de manger du bœuf et non un steak végétal, malgré un constat de manque de gras. Cette intéressante expérience était financée par Sergey Brin, le cofondateur de Google, à hauteur de 250 000 euros. Le docteur Mark Post a déclaré, dans une interview de juillet 2014 accordée à The Observer, qu’en produisant de grandes quantités, le coût de production pourrait chuter à 18 euros le kilo, voire même tomber au niveau de celui du bœuf, à condition d’apporter des améliorations au process. Si la charge de fabrication d’un kilo de viande de bœuf est difficile à connaître, la carcasse de génisse est vendue à un prix moyen de 5,40 euros le kilo (prix hors taxes au 22 juillet au marché de Rungis), tandis que le steak haché était vendu 9,04 euros (prix TTC au détail). Une étude américaine publiée fin 2015 révèle la production en laboratoire permettrait de consommer moins d’énergie que pour la viande traditionnelle. La question du coût environnemental pourrait donc être un argument majeur pour les défenseur de cette nouvelle viande du futur.

Les autorisations légales restent encore en suspens

Si la question de l’impact économique et environnemental reste encore floue, côté juridique aussi, rien n’est encore fait. En effet, les hormones de synthèses utilisées dans la préparation de la viande « in vitro » sont interdites au sein de l’Union européenne. Par ailleurs, les autorités qui seront chargées des autorisations légales sont encore inconnues aux Etats-Unis. Fin août, la revue Science s’est interrogée si c’est à l’Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux (FDA pour Food and Drug Administration) ou au ministère de l’Agriculture de s’y atteler. Washington pousse à innover dans les biotechs et un rapport sur la régulation du secteur et les développements futurs devrait bientôt voir le jour. Selon le docteur Mark Post, la viande artificielle pourrait être commercialisée d’ici à 2021, tandis que la biotech Perfect Day espère introduire son lait « in vitro » sans lactose sur le marché en 2017. Reste maintenant à mettre en place l’arsenal juridique qui permettra aux aliments « in vitro » d’être régulés.

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christine.loran@industrie-agroalimentaire.com

Christine Loran, diplômée en Microbiologie dans les industries agro-alimentaires à l’Université de Aix-Marseille et passionnée d’innovation agroalimentaire, écrit régulièrement pour le compte du site IAA.

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