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« DateLimite », l’application qui lutte contre le gaspillage alimentaire

Le gaspillage alimentaire coûte 16 milliards d'euros par an.

Des développeurs ont mis au point « DateLimite », qui permet de mettre en relation des producteurs et des distributeurs avec des clients qui désirent acheter des produits qui pourraient, en temps normal, finir à la poubelle. Une initiative intéressante, qui nécessite des fonds.

En 2015, 16 milliards d’euros d’aliments ont été jetés à la poubelle dans le monde. En fait, un petit tiers de la nourriture produite sur la planète finit dans les bennes à ordures. Si la lutte antigaspi commence à concerner les distributeurs, les restaurateurs et plus généralement les autorités françaises, on est encore bien loin du compte. Un jeune studio de jeux vidéo et d’applications numériques innovantes, Effervescent Games, vient de mettre au point « DateLimite », une application permettant de lutter contre le gaspillage alimentaire. Le concept ? « Mettre en relation les producteurs, les marchés de gros, les distributeurs et les commerçants ayant des excédents de produits à proposer avec des clients potentiellement intéressés. » Les initiateurs de ce projet veulent maintenant professionnaliser leur première version de l’application. Sur Ulule, un site de financement participatif, ils font appel aux contributeurs pour les aider à financer « l’hébergement sur un serveur de bonne qualité, la location des services de notifications Push, la maintenance technique et les mises à jour. » Dominique Valsot, chef de projet informatique de la société Effervescent Games, nous parle de ce projet ambitieux.

IAA : Pourquoi lutter contre le gaspillage est aujourd’hui un enjeu majeur ?

Dominique Valsot : L’ensemble des pertes et gaspillages alimentaires en France, tous acteurs et toutes filières alimentaires confondus, représente en masse 10 millions de tonnes de produits perdus et gaspillés pour l’alimentation humaine. La valeur théorique des pertes et gaspillages est évaluée à 16 milliards d’euros, soit 36 % du budget dédié au paiement des intérêts de la dette française. De plus, les produits perdus ou gaspillés n’auraient pas nécessairement été valorisés à cette hauteur. L’impact carbone des pertes et gaspillages est évalué à 15,3 millions de tonnes équivalent CO2, soit 3 % de l’ensemble des émissions de l’activité nationale ou encore 5 fois les émissions liées au trafic aérien intérieur. L’impact est calculé en considérant qu’il est nécessaire de produire plus (l’équivalent de ce qui est perdu et gaspillé) pour satisfaire aux besoins de consommation à hauteur égale. L’impact carbone (ou le gain) de la gestion de ces pertes et gaspillages, notamment en alimentation animale, n’est pas pris en compte.

Une belle économie pour les contribuables et pour la planète

IAA : Qui peut trouver un intérêt dans l’utilisation de votre application ?

Dominique Valsot : Tous les consommateurs, car ils peuvent bénéficier d’offres à prix réduits sur un grands nombre de produits frais et contribuer à lutter contre le gaspillage alimentaire ; Les commerçants qui peuvent écouler leurs produits en date limite en en tirant encore un bénéfice au lieu de le jeter et de perdre de l’argent ; Les producteurs qui peuvent écouler leurs surproduction pour ne pas la jeter ou la bruler et qui créeront ainsi des nouveaux circuits de distributions via l’application ; Les marchés de gros et détaillants, qui peuvent vendre très vite leur stocks à leurs clients en évitant de grosses pertes ; Et enfin la planète et les contribuables, car la fin du gaspillage représenterait une économie de 15,3 millions de tonnes équivalent CO2 et de 16 milliards d’euros.

IAA : Comment fonctionne l’application ?

Dominique Valsot : C’est une application géolocalisée, simple et intelligente, web, IOS, Android, Windows phone, en téléchargement gratuit. Elle a pour but de mettre en relation les producteurs, les marchés de gros, les distributeurs et les commerçants ayant des excédents de produits à proposer avec des clients potentiellement intéressés. La procédure est très simple : les vendeurs émettent en quelques clics des « annonces flash » (AF) exclusives, diffusées en temps réel à tous les clients utilisateurs de l’application, en précisant le prix et la date limite fixée. Pour chaque annonce « poussée » vers plusieurs milliers de clients, il n’en coûtera pas plus de quelques dizaines de centimes d’euros aux producteurs et commerçants. Le service sera très accessible pour s’imposer dans les habitudes. A l’autre bout de l’application, les consommateurs et clients recevront instantanément une notification de l’annonce, selon les paramètres qu’ils auront sélectionnés (lieu, distance, produit, temps restant), à laquelle ils pourront répondre par le canal qu’ils souhaitent.

Le gaspillage alimentaire.

L’application « DateLimite » utilisée au Marché international de Rungis

IAA : Pourquoi le choix du financement participatif ?

Dominique Valsot : Notre application est déjà développée mais nous avons pris le parti de faire une campagne de financement participatif car nous n’avons pas encore les moyen de nous payer une régie publicitaire et nous pensons que la solidarité est toujours une qualité essentielle pour créer une vraie communauté avec des valeurs communes. Nous sommes soutenus par Initiative France, qui nous a décerné le Label Initiative Remarquable, qui répond à 4 critères : la dynamique territoriale, l’engagement environnemental, le volontarisme social et sociétal, et l’innovation.

IAA : Comment votre initiative est-elle reçue par les industriels et distributeurs ?

Dominique Valsot : Nous avons été sélectionnés par la pépinière Rungis&Co pour développer une version de « DateLimite » spécifique au Marché international de Rungis, nous sommes devenus une entreprise de La Semmaris depuis le mois de mai 2016 car les entreprises de Rungis cherchaient une nouvelle solution simple pour lutter contre le gaspillage supplémentaire, notre application était donc attendue par les 1 500 entreprises du marché international de Rungis. Nous sommes également entrés en contact avec les chambres de commerce de Philadelphie aux USA, aux Pays-Bas, en Espagne et en Angleterre pour qui cette application semble une solution idéale et avec lesquels nous avons établi des partenariats.

Faute de solutions, de nombreux commerçants jettent leur surplus

IAA : En proposant un jeu, « Gaspi le maléfique », vous voulez également faire de la pédagogie…

Dominique Valsot : « Gaspi le Maléfique » est le jeu vidéo crée par Effervescent Games pour remercier les personnes qui participent à notre financement participatif sur Ulule et pour sensibiliser tous les consommateurs au gaspillage alimentaire, il sera en téléchargement gratuit. Nous avons donc imaginé un jeu vidéo qui mettrait en scène le méchant Gaspi que tenterait de rattraper notre héros Captain Coq pour freiner sa frénésie du gaspillage. Notre héros devra récolter bon nombre de produits en surproduction et en date limite pour les offrir à des associations caritatives avant qu’ils ne périssent, tout en limitant son empreinte carbone et en évitant les pièges de Gaspi. Il sera aidé dans sa quête par d’autres écocitoyens comme Cocotte Delux, ou bien encore Pat Doie et bien d’autres. 

IAA : Comment est née cette idée ?

Dominique Valsot : Notre équipe, très sensible à l’économie durable, locale et solidaire a contribué récemment au succès de « Ôsaisons », dans la région Nantaise, un concept de vente en circuit court de produits frais. Un concept 3 en 1, à la fois en magasin physique avec des bornes interactives, une eboutique et un drive. C’est suite à cette dernière expérience qu’elle a pu prendre conscience de la difficulté qu’éprouvent les producteurs et les commerçants à écouler leur surplus ou leurs produits en date limite et que, faute de solution immédiate et de réseau de distribution adéquat, une quantité importante de produits est perdue ou jetée. Pour répondre à ce problème, nous avons donc imaginé un nouveau circuit de distribution en temps réel, rapide et économique : l’application « DateLimite » !

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magali.monceau@industrie-agroalimentaire.com

Magali Monceau, titulaire d’un Master en Biologie et Santé – Nutrition Humaine et développement de l’Aliment Santé -, elle est responsable qualité pour un laboratoire à Nantes et chroniqueuse également pour le site IAA.

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