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Crise agricole : enfin des solutions ?

Des solutions à la crise agricole

Après une année 2016 très difficile, les agriculteurs interpellent pouvoirs publics et candidats à la présidentielle afin de redresser la barre.

Le secteur agricole a connu une année plus que difficile, marquée par une météo pour le moins capricieuse, une baisse des prix, une surproduction mondiale ainsi que le retour de la grippe qui a encore frappé, à quelques semaines des fêtes de fin d’année, la filière aviaire et qui a entrainé l’abattage de milliers de volailles. Les derniers chiffres du ministère de l’Agriculture prévoient une baisse de 26,1 % en 2016 par rapport à 2015 du revenu moyen d’un chef d’exploitation agricole. 10 % des exploitations seraient selon le ministère « en situation d’extrême urgence. » Pour y remédier, les différents syndicats de la profession envisagent diverses solutions.

Les normes et réglementations environnementales

Les professionnels du secteur n’ont jamais eu de cesse que de dénoncer la multiplication des normes et réglementations qui, selon eux, rend leur travail toujours plus complexe. La FNSEA, premier syndicat agricole en France, dénonce ainsi « l’enfermement français sur les normes » et appelle les candidats à la présidentielle d’arrêter « la surtransposition des normes européennes » dans le droit français. La FNSA souhaite également réviser la Charte de l’environnement afin de réduire l’importance du principe de précaution et introduire un principe d’innovation. La Coordination rurale estime également que ces normes ne sont pas judicieuses surtout si elles ne sont appliquées qu’en France et non à l’étranger si elles reviennent trop cher aux agriculteurs. La Confédération paysanne juge quant à elle que « la fuite en avant vers moins de réglementation n’est pas la solution. » En effet, selon André Bouchot, producteur de champignons et de myrtilles et l’un des représentants de la Confédération, ces normes, qui peuvent être coûteuses, ne sont un problème que si l’agriculteur ne s’y retrouve pas financièrement. 

Faire évoluer la Politique agricole commune

La FNSEA estime qu’il faut « remettre la PAC au cœur de l’Europe. » Le syndicat désire ainsi une Politique agricole commune qui œuvre pour limiter, voire stopper les écarts de coûts entre Européens, qui fasse en sorte d’assurer des marchés à l’export et qui, enfin en cas de crise ou de coup dur, assume un rôle d’assurance. La Coordination rurale, qui désire aussi réformer la PAC, a d’autres propositions : réinstaurer une PAC qui lutte pour la régulation de la production et des prix, mettre en place des barrières douanière et enfin créer une « exception agriculturelle », c’est-à-dire considérer l’agriculture comme un secteur particulier, exclu des règles de l’OMC. La Confédération paysanne estime de son côté qu’« il faut changer les règles de la PAC, basée sur un libéralisme effréné et une agriculture industrialisée. » Pour André Bouchut, l’Union européenne devrait soutenir davantage les exploitations familiales qui sont plus tournées vers un marché local plutôt que de subventionner les grosses exploitations dans leur course au gigantisme. Cependant, malgré ces avis divergents, tous les syndicats s’accordent à ce que le budget de la PAC soit maintenu.

Les agriculteurs veulent une diminution des charges

La FNSEA, qui estime que les agriculteurs paient beaucoup trop de charges, demande une hausse du Crédit impôt compétitivité (CICE), ainsi que la suppression des cotisations familles et maladie, qu’elle propose de remplacer par l’instauration d’une TVA sociale. Mais là encore, les avis divergent et la Coordination rurale ainsi que la Confédération paysanne estiment que le problème réside plutôt dans les entreprises qui achètent, transforment et commercialisent leur production. En effet, toutes les organisations syndicales dénoncent le manque de transparence et le déséquilibre dans les négociations avec les différents intermédiaires, transformateur ainsi que la grande distribution. Ils appellent donc à ce que les agriculteurs puissent toucher le juste prix de leur travail. La loi Sapin 2, qui va bientôt entrer en application, prévoit d’ailleurs d’obliger l’industrie agroalimentaire à prendre en compte le prix payé aux agriculteurs et à préciser comment elle fixe ses tarifs, et ce dans le but d’instaurer plus de transparence dans les relations commerciales. Cette loi stipule également que les contrats prévoient une révision des prix payés aux agriculteurs en cas de retournement des marchés. Elle autorise en outre les contrats pluriannuels, ce qui permet aux agriculteurs d’avoir une meilleure visibilité.

Améliorer l’image du secteur, une nécessité

Les organisations syndicales sont unanimes : l’image de l’agriculture en France doit être revalorisée. Ils affirment que, chaque année, 5 000 agriculteurs quittent le secteur et que le manque de vocations se fait ressentir. « La société doit soutenir les éleveurs en payant la qualité qu’elle réclame à son juste prix, au lieu de les accabler contribuant ainsi à la dévalorisation de ce métier de nourrir les hommes », estime la Coordination rurale. Pour cela, la création d’un statut d’agriculteur est nécessaire selon la FNSEA. La Confédération paysanne prône, quant à elle, des filières plus locales, en relation avec le reste du tissu économique et social, afin que les agriculteurs puissent regagner leur place au cœur du village.

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stephanie.lefevre@industrie-agroalimentaire.com

Stéphanie Lefevre, experte en agroalimentaire et consultante en sécurité alimentaire à Annecy, met ses connaissances et sa passion de l’Industrie Agroalimentaire à disposition du média IAA en traitant des actualités.

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